Prologue

Des gouttes de pluie s'écrasaient sur les vitres de l'appartement. En bas, les feux des voitures pare-chocs contre pare-chocs étaient tout ce qu'on pouvait distinguer à travers la brume. Debout devant la baie vitrée du salon, la jeune fille pleurait. Son maquillage avait laissé des traînées noires sur ses joues et ses vêtements déchirés pendaient lamentablement. Ella avait un couteau à la main. Quand un éclair se dessina dans le ciel, elle leva la main et enfonça la lame dans son coeur. Un coup, étudié pendant des semaines, et qui la tue sur le champ. Un sourire aux lèvres, elle s'écroula sur le sol, inondant le parquet de sang chaud.
Prologue

# Posté le samedi 15 avril 2006 12:47

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:43

Chapitre 1

_Laissez-passer ! hurla Jean-Charles en montant deux à deux les marches. Derrière lui, Marine ne pût s'empêcher de sourire, malgré la gravité de la situation. C'était le 3ème suicide cette semaine et on retrouvait toujours le même schéma : des filles, entre 18 et 22 ans, en général grandes et minces qui se tuaient d'un seul coup de couteau en plein c½ur. Marine n'était pas nouvelle dans le métier et pourtant, elle n'avait jamais vu des morts sourire. Pourtant c'était le cas chez les deux autres filles et elle sentait que ce serait également le cas ici. Heureuses de mourir, ses filles abandonnaient le monde les larmes aux yeux mais le sourire aux lèvres. Jean-Charles avait réussi à leur frayer un passage jusqu'à la porte de l'appartement et Marine pénétra à l'intérieur. Une odeur métallique, lourde de sang se mêlait à celle plus légère mais entêtante d'un distributeur de parfums d'intérieurs branché dans l'entrée. Marine enfila des gants stériles et avança jusqu'au salon. La victime baignait dans une mare de sang rouge vif. Ses cheveux, autrefois blonds, viraient à l'orange. Les traces de mascara avaient creusé des sillons dans son fond de teint. Et toujours ce sourire heureux et ce couteau planté sous son sein gauche.
« Comme Juliette » pensa Marine. Restait à savoir si toutes ces filles mourraient pour un Roméo oui ou non.
_Et une de plus ! lança Jean-Charles.
_C'est navrant, intervint un flic en civil, toute cette beauté détruite en un seul geste.
_Je suis toujours en admiration devant ce geste parfait, ajouta Jacqueline la légiste, il faut des jours voire des semaines pour s'approprier une telle précision.
_Donc d'après toi, elles auraient eu besoin de beaucoup d'entraînement et sans doute d'un entraîneur pour accomplir leur suicide ?
_Sans aucun doute. Je ne dis pas qu'elles ont le même mais c'est quand même étrange.
_Je suis tout à fait d'accord, répondit Marine, Je sens qu'on va y passer du temps.
Autour d'eux les photographes s'activaient au bruit incessant des flashs crépitants. On se serait cru à une première à Cannes et pourtant ce n'était pas le cas, même si la star était d'une beauté à en mourir.
Jean-Charles
Chapitre 1

# Posté le samedi 15 avril 2006 14:07

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:43

...

De retour au bureau, Marine s'isola dans son bureau avec Jean-Charles.
_On est au fond du trou J-C. Trois suicides et on est toujours au même point : zéro. Néant.
_De plus, les parents ne savent rien de la vie privée de leurs filles...
_Ce n'est pas un cas exceptionnel. Si tu demandais à ma mère le nom de mon 1er petit ami, elle ne saurait te répondre.
_Bon d'accord. Alors maintenant quoi ?
_Je ne veux pas faire de conclusions hâtives, alors tous les deux on va se scotcher à nos ordinateurs et fouiller Internet et les archives À la recherche de conseils d'accord ?
J-C quitta la pièce et Marine se tourna vers son écran. Elle se mit à fouiller les archives des trois derniers mois et fut surprise de constater que ces suicides s'étaient déjà produits. Mais la fréquence avait empêché les enquêteurs de voir un lien quelconque. Marine poussa les recherches et découvrit la date du 1er suicide « souriant » comme elle les appelait. Il y avait environ 6 mois, la jeune Catharina avait disparu de chez elle pendant des semaines. Quand on l'avait retrouvée, elle s'était suicidée dans la cellule où on l'avait mise en attendant ses parents. Les policiers avaient crus à un suicide post-fugue ou à une réaction claustrophobique en cellule. Marine imprima tous les dossiers et s'enferma dans la « salle ». Ici, un tableau blanc servait à exposer les différentes pistes d'une enquête en cours. Elle y afficha les photos des jeunes filles, écrivant en dessous leurs noms, situation et le lieu du décès. Puis elle s'assît en tailleur devant le tableau et l'étudia, un bloc-notes à la main. Toutes les filles étaient jeunes, blondes, grandes. Elles avaient entre 17 et 24 ans et venaient de milieux différents. Mais elles se tuaient toutes d'un coup de couteau en plein c½ur, à proximité d'une fenêtre, en pleine nuit et surtout, le sourire aux lèvres. Toujours ce sourire... Soudain, Jean-Charles ouvrit la porte d'un coup de pied, une liasse de papiers à la main.
_J'ai trou-vé !
Il voulut s'asseoir à côté d'elle, trébucha sur un pied de table et s'étala par terre, ses papiers volant autour de lui comme de la neige dans une boule. Marine riait aux éclats. Puis elle stoppa net. La feuille devant elle avait pour titre : La Secte de la Lune (ou LSL)
_Mais qu'est-ce que...
Jean-Charles avait réussi à se mettre à genoux et ramassait ses feuilles. Il se laissa lourdement tomber sur le tapis à côté de Marine, lui prit la page des mains et soupira.
_LSL. Existe depuis une dizaine d'années. Anciennement basée à Paris. Prône « l'égalité dans la laideur ». Ils ne veulent pas de beauté et disent avoir un moyen infaillible pour la combattre. Il faut se « laver de ses pêchés, demander pardon à la lune pour enfin la rejoindre. »
_Décrypté, tuez-vous afin de ne plus être belle.
Jean-Charles acquiesça.
_En gros c'est ça. Ensuite nous avons les finesses dans la chose. Il faut « donner son c½ur » et savoir « partir avec le sourire ».
_Génial... J-C nous avons là une affaire phénoménale. Une secte qui encourage des blondes Barbie à se tuer. Il va nous falloir de l'aide.
_C'est tout pensé Marine. Quelqu'un a déjà commencé à travailler sur LSL. Il les a suivis de Paris à Lyon et tu ne trouveras personne qui en sait autant sur eux. C'est un détective privé, ancien flic. Il s'appelle Grégoire...
_Davant.
Jean-Charles se tourna vers elle, surpris.
_Tu le connaît ?
_Oui... On a grandi ensemble. C'est avec lui que je jouais au voleur et au policier, ou aux cow-boys... Le primaire ensemble, le collège, le lycée, puis la fac et l'école de police. Tout. Et il y a 5 ans, la dispute. Il est parti à Paris, faire son bonheur en tant que détective. Il s'est spécialisé sur les sectes si je ne m'abuse. Jean-Charles vérifia dans ses papiers.
_Tout a fait. Il a réussi à sauver des victimes de sectes et il en a descendue une. La... ( il chercha furieusement ) secte de la vierge. Des amateurs qui faisaient des expériences pour recréer l'immaculée conception. Des tas de femmes se sont retrouvées infertiles. Ça a fait beaucoup de bruit à Paris. Ici, on a dû voir ça aux infos entre les résultats sportifs et la météo... En tout cas, si on veut résoudre cette affaire, il faut qu'on le fasse venir.
_Je sais. Passe-moi son numéro, je m'en occupe.
Jean-Charles lui donna un post-it. avec un numéro de portable. Marien se leva et décrocha le téléphone posé sur la table de réunions. Elle composa puis inspira un grand coup.
_Grégoire ? C'est Marine. On est sur l'affaire des suicides et on a trouvé un lien avec LSL. Si tu pouvais venir vers 15h ce serait parfait. (...) Oui apporte tout ce que tu as. (...) Non je ne suis pas folle et sûrement pas de toi. À cet après-midi.
Elle raccrocha et s'effondra sur une chaise.
_Un verre d'eau J-C. Vite !
Jean-Charles quitta la pièce en courant et revint avec une bouteille d'Evian. Marine la vida d'une traite puis se mit à sangloter.
_Tu imagines J-C, que ça faisait 5 ans que je n'avais pas entendu sa voix ? Ses intonations, sa manière de parler en souriant ?
Jean-Charles secoua la tête. Il avait déjà sa petite idée sur la relation entre Marine et Grégoire Davant.

Marine
...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 20 avril 2006 12:00

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:43

Chapitre 2

La main toujours sur le combiné, Greg se laissa aller dans son fauteuil. 5 ans qu'elle ne lui avait pas parlé et soudain elle l'appelait comme si de rien n'était pour qu'il vienne l'aider sur une affaire ? Il secoua la tête. Il avait certes grandit avec Marine, et pourtant il ne l'avait jamais comprise. C'était d'ailleurs sans doute pour cela qu'ils avaient rompu il y a 5 ans. C'était également la dernière phrase qu'elle lui avait hurlé avant que la porte de leur appartement ne se referme sur elle : « Tu ne m'as jamais comprise ! Tu n'as même pas essayé ! » Elle était partie et il était resté là, planté au milieu de son salon, son manteau toujours posé sur son bras gauche. Il se souviendrait toujours de ce mardi quand, en rentrant du boulot il avait trouvé Marine dans la salle de bain, un test de grossesse à la main. « Positif » lisait-il. Par la suite ils s'étaient disputés, parce que Marine ne voulait pas encore d'enfant, que lui oui, qu'elle avait déjà prévue une IVG, qu'il était contre et enfin que si elle tuait son enfant, il partirait. Elle était décidée, lui aussi. Elle avait choisi de quitter son appartement, lui décida de TOUT quitter. En 2 jours, il vida chaque pièce, donna sa démission, choisit de changer de ville et disparut. Aucun de leurs collègues n'avaient été au courant et ç'avait été pour le meilleur. Presque honteusement, Grégoire ouvrit un de ses tiroirs et en tira une boîte. Il inspira un grand coup et l'ouvrit délicatement. À l'intérieur, quelques photos s'empilaient les unes sur les autres. Il les prit doucement et les regarda avec tendresse. Dessus, il retrouva 2 enfants jouant ensemble autour d'un bac à sable. Puis 2 écoliers fraîchement intégrés, 2 ados assis à un bureau entourés de papiers, une photo de classe après bac, celle de la promotion de l'école de police et enfin la dernière, celle d'in couple heureux devant un sapin de noël. Il soupira, caressa le visage de la jeune femme et rangea les photos. Il se leva et disparût dans ses archives. Il passa devant de nombreuses étagères et s'arrêta ensuite en face de la plus grande, où s'empilaient dossiers, livres, dépliants, photos et feuilles volantes. Il ouvrit un tiroir á proximité, en sortit un attaché-case et le remplit avec tout ce qui lui passa sous la main. Puis il le referma et quitta l'allée. Dans son bureau, il attrapa manteau, clés, portefeuille et ordinateur, signala à sa secrétaire qu'il allait aider la police et s'enfuit. Mme Goldfrapp secoua la tête d'un air désolé :
_Ah cette cheunesseuh !
Grégoire Davant
Chapitre 2
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 21 mai 2006 13:10

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:43

...

La porte du bureau de Marine était fermée et Grégoire hésita avant d'y frapper. Il se rappelait avec délice l'époque où ils avaient partagé un bureau, où ils avaient travaillé côte à côte...
_Elle est à l'intérieur ? demanda-t-il à la secrétaire assise à sa gauche.
_Nan, lui répondit-elle en se mettant du vernis à ongles rose. Elle est dans la salle de réunions.
_Merci... soupira-t-il en partant dans la direction indiquée par les sourcils de la secrétaire. En disparaissant dans le couloir il l'entendit encore dire « Celle du fond ! »
Il s'avança vers la plus grande des portes, inspira, et ouvrit. Marine était assise sur une table vers la droite et parlait avec un jeune qui ne devait pas avoir plus de 24 ans. Quelques feuilles éparses étaient dispersées autour d'eux. Au bruit de la porte, Marine avait levé les yeux et il pouvait y lire une peur qui ressemblait étrangement à celle qu'il ressentait lui-même.
_Bonjour ! Jean-Charles se retourna avec un sourire Colgate qui fit pouffer Greg.
Hum, bonjour, marmonna-t-il, Grégoire Davant.
Jean-Charles acquiesça d'un signe de tête. Marine avait glissé vers le bord de la table et en sauta. Elle s'appuya contre le rebord et sourit faiblement.
_Salut, chuchota-elle.
Greg remarqua ce qui avait changé chez elle : ses cheveux étaient plus long, sa silhouette plus voluptueuse, son visage plus marqué.
_Ça va ? demanda-t-il.
_Je... commença-t-elle.
_Très bien, merveilleusement bien ! dit Jean-Charles. Greg et Marine échangèrent un regard amusé.
_Bon au boulot ! lança Marine. Tu as apporté du matériel ?
Greg acquiesça, ouvrit son attaché-case et en sortit des papiers. Il les étala sur la grande table. Marine les étudia rapidement du coin de l'½il. Il y avait des listes de membres, des extraits de doctrines, des photos prises de l'extérieur et qui montraient le siège de Lyon. Elle se saisit des listes et chercha les noms des victimes.
_Ses listes sont complètes ou pas ?
_Plus au moins.
_C'est à dire ?
_Et bien celles-là sont les dernières que j'ai pu avoir. Elles datent d'il y a deux mois. Je n'ai pas pu en avoir de plus récentes. Mon contact doit faire extrêmement attention et il ne peut les imprimer sans problèmes qu'une fois les nouvelles listes crées. Donc j'ai deux à trois de retard à chaque fois. Mais il n'y a jamais plus de cinq nouveaux membres.
_Tu as un contact ?
_Oui.
_Qui est-ce ? Comment as-tu réussi à l'avoir ?
_Son nom restera secret, par contre je l'ai rencontré dans un bar.
_Ah... D'accord. Enfin. Est-ce que tu as les listes d'il y a... (elle vérifia au tableau) six mois ?
Greg déballa son ordinateur portable, le brancha, l'alluma et chercha le bon fichier. Puis il le tourna vers elle.
_Voilà ! Une liste d'il y a sept mois. C'est ce que j'ai de plus proche.
Marien l'étudia avec lenteur, puis secoua la tête.
_Non elle n'y est pas...
_Qui cela ?
_La 1ère victime dont on a enregistré le rapprochement avec LSL.
_Quel âge avait-elle ? Parce que les mineurs ne sont pas répertoriés... Trop de problèmes avec l'administration vois-tu ?
_D'accord... Bon.
Elle vérifia sur le tableau le nom de la 1ère majeure et ébaucha un sourire.
_Priez pour qu'elle y soit. Jeanne Dumas, il y a quatre mois environ. Peut-être avant.
Greg fit un « rechercher dans le document » à travers ses listes. Le nombre de J.Dumas était important, mais aucune femme de ce nom n'était répertoriée page un, page deux, page trois... Ils commencèrent à perdre patience et espoir quand soudain, page cinq, J-C vit la lettre f en dessus d'un J.Dumas.
_STOP ! hurla-t-il. Là, en dessous de H. Mélinger.
Marine et Grégoire se penchèrent sur l'écran pour voir. Ce faisant, leurs têtes étaient si proches l'une de l'autre qu'ils sursautèrent et reculèrent. _Hem, oui tu as raison J-C. Bien vu !
J-C regarda ses deux collaborateurs en alternance. Tous les deux étaient rouges et regardaient le sol d'un air gêné. Soudain Marien regarda sa montre et sursauta.
_Mon Dieu, j'avais oublié... Continuez sans moi, on se retrouve ici à 8h30 demain. Pile J-C !
_Oui oui...
Marine attrapa ses affaires et ouvrit la porte quand elle entendit faiblement la discussion entre les deux hommes.
_Qu'est-ce qui se passe ? Elle a un rendez-vous chez le dentiste ? demanda Greg.
_Non elle doit aller chercher...
_Ma voisine ! hurla Marine avant que J-C puisse finir sa phrase.
_Oui ma voisine revient des... Bahamas !
_Mais oui bien sûr, marmonna Greg. Si tu le dis...
Marine revint sur ses pas.
_Mais oui je le dis ! N'est-ce pas J-C que je vous ai montré al carte postale qu'elle m'a envoyé ?
J-C réfléchit puis sourit.
_Ah oui, la fille avec les cocktails 24h/24h ?
_Oui celle-là. Bon j'y vais, son avion atterris dans 15min. Si je me dépêche j'y arrive encore. A demain !
Elle se retourna et disparut. Les deux hommes se remirent au travail. Marine quant à elle passa dans son bureau et prit une photo qu'elle cacha dans le tiroir de son bureau. : celle de son fils de 5 ans.
...

# Posté le dimanche 18 juin 2006 12:20

Modifié le lundi 23 juillet 2007 01:43